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Les articlesUn peu d'histoireHistoire du grand schisme de la papauté 1378-1417

Histoire du grand schisme de la papauté 1378-1417

Le Dimanche 12 Mai 2013, la librairie Occitane de Bagnols et l’association d’histoire de St Gervais ont organisé une série de conférences historiques dans le cadre de la Chartreuse de Valbonne.
Notamment Paul Payan, enseignant en histoire médiévale à Avignon, a donné un exposé remarquable sur le Grand Schisme qui divisa la chrétienté de 1378 à 1417.
Pendant cette période il y eut 2 papes et même 3 à certains moments.
Non seulement cet épisode a marqué l’histoire de l’Eglise Catholique mais il a eu une importance politique non négligeable.
Comment se fait il, qu’il soit à peine évoqué dans l’histoire qu’on apprend au lycée ?
Les historiens catholiques se sont peu attardés sur ce passage peu glorieux de l’histoire de la papauté.
La République, au nom de la laïcité, a occulté dans son enseignement cette histoire de papes…
Et pourtant !

En 1376, 7 papes légitimes se sont succédés en Avignon depuis 3/4 de siècle. Le 7ème, Grégoire XI décide de rentrer à Rome. Il meurt très vite et un conclave se réunit. La foule assiège les cardinaux en criant " nous le voulons romain ou au moins italien ".Sous la pression, le Conclave élit un italien qui prend le nom d’Urbain VI.

Les cardinaux n’avaient pas prévu qu’il serait caractériel et violent. Les relations entre le nouveau pape et eux se détériorent très rapidement .Excédés, les cardinaux unanimes décident d’élire un nouveau pape en invoquant la violence, qui leur a été faite lors du récent conclave. Cette fois ci le choix se porte sur Robert de Genève qui prend le nom de Clément VII et s’installe à nouveau en Avignon.

Le schisme aurait pu être de courte durée comme les précédents. Mais la politique s’en est mêlée : La France prend parti pour le pape d’Avignon. Aussitôt l’Angleterre choisit le pape de Rome (on est en pleine guerre de cent ans). L’Ecosse par hostilité à l’Angleterre, opte pour Clément VII. L’Allemagne pour Urbain VI. Les royaumes ibériques, après quelques hésitations se rallient au pape d’Avignon. Les « obédiences «  (les ralliements) sont équivalentes. Le rapport de force est donc équilibré et aucun pape ne cède. Pire ils nomment des cardinaux chacun de son coté, et ceux-ci à leur mort désignent un nouveau pape. Le schisme est donc bien installé et pour longtemps…

Comment s’en sortir ? 4 solutions sont successivement tentées:

1) d’abord la VOIE DE FAIT ; c'est-à-dire la manière forte : chaque pape sollicite ses soutiens pour aller déloger « l’intrus » (l’autre pape). Mais les souverains concernés se servent de ces « croisades » pour faire avancer leurs affaires…c’est un jeu de dupes.

Les papes payent alors directement des mercenaires. Mais la fiscalité pontificale a été divisée par deux et aucune action d’envergure n’a pu être menée, ni d’un coté ni de l’autre.

 

2) alors l’Université de Paris propose la VOIE DE CESSION ; Pousser les 2 papes à démissionner pour faire place nette .La France doit montrer l’exemple en faisant pression sur le pape d’Avignon (alors Benoît XIII) C’est la soustraction d’obédience.

Mais ça ne marche pas, parce que Benoît XIII garde ses autres soutiens (notamment l’Aragon, la Castille, le Portugal et la Navarre) de plus c’est un vieillard opiniâtre.

Alors les troupes françaises l’assiégent dans le palais des papes en Avignon (1398)

Il résiste 5 ans puis il réussit à s’enfuir.

Décidemment la « voie de cession ne marche pas plus que la « voie de fait « d’autant plus que le pape de Rome n’envisage pas non plus de démissionner. Alors la France reprend l’obédience de Benoit XIII…

3) Benoit XIII propose, pour sortir de la crise LA VOIE DE CONVENTION ; c'est-à-dire une négociation directe entre les 2 papes…d’autant qu’il est plus brillant et meilleur négociateur que son adversaire. Le principe est accepté et Benoît XIII se rend en Italie pour rencontrer

Grégoire XII. Les 2 adversaires se rapprochent par étapes mais les 50 derniers kilomètres sont les plus difficiles à franchir : ils ne le seront jamais. C’est l’échec

Pas tout à fait quand même, car si les papes ne se rencontrent pas, leurs cardinaux, eux, entrent en dialogue..

 

4) C’est la dernière solution : la VOIE CONCILIAIRE : Seul un concile peut déposer les 2 papes.

Théoriquement seul le pape peut convoquer un concile, mais nécessité fait loi, ce sont les cardinaux des 2 camps qui prennent l’initiative : le concile se réunit à Pise en 1409 et connaît un franc succès : toute la chrétienté est présente sauf les espagnols, fidèles à Benoît XIII, espagnol lui-même.

Le Concile peut déposer un pape, s’il est hérétique. Mais il y a un problème : ni Benoît XIII ni Grégoire XII ne sont hérétiques. D’ailleurs ils n’affichent aucune différence théologique.

Le Concile de Pise tourne la difficulté : en portant atteinte à l’unité de l’Eglise les 2 papes contreviennent au Credo et peuvent donc être considérés comme hérétiques. Donc on les condamne et on les dépose. Le Siège Pontifical est donc vacant : on élit un nouveau pape en la personne d’Alexandre V.

Patatras !. Aucun des 2 papes précédents n’accepte sa destitution. On a donc 3 papes !

C’est alors que l’empereur germanique Sigismond de Luxembourg, reprend la main.

La France a échoué à mettre fin au schisme, les cardinaux aussi. En 1414 l’empereur convoque un Concile à Constance (ou plutôt il le fait convoquer par Jean XXIII le successeur d’Alexandre V). Le Concile a durer 3 ans (1414-1417) . Toute la chrétienté y participe (les espagnols le rejoindront vers la fin). Non seulement les clercs mais les universités et les représentants des souverains. Sigismond le préside en personne.

Le Schisme se termine en 3 temps

-le pape Jean XXIII (le 3ème pape) est condamné et déposé (son nom est effacé puisqu’un autre pape au XXeme siècle choisira son nom)

-Grégoire XII, privé de soutiens, démissionne.

Benoît XIII s’opiniâtre jusqu’à sa mort en 1430 à Péniscola. Mais privé de soutiens et d’obédience il ne compte plus.

Un nouveau pape est élu, Martin V, qui recueille l’assentiment de tous.

Mais le Concile s’était donné comme objectifs la fin du Schisme et la réforme de l’Eglise , notamment son mode de gouvernement.

Il proclame

                   1) la supériorité du Concile sur le pape.

                   2) la réunion automatique d’un concile tous les 10 ans

 

A partir de 1417 il y a bien un seul pape mais son pouvoir est nettement diminué.

- non seulement il n’exerce plus de pouvoir d’arbitrage entre les souverains, mais les églises nationales se sont autonomisées : c’est le début de l’Eglise Gallicane en France et les prémisses de l’Eglise Anglicane en Angleterre (on a pu se passer de pape pendant de longues années)

- par ailleurs les conciles qui se succèdent veulent faire de la papauté une monarchie tempérée.

Cette dernière épreuve de force (qu’on appelle la crise Conciliaire) tourne à l’avantage des papes qui s’abstiennent de convoquer les conciles (3 en 5 siècles : le concile de Trente, Vatican I et Vatican II)

 

Cette mésaventure du grand schisme peut être traitée de 2 façons :

- au niveau événementiel c’est rocambolesque. C’est Dallas disait une étudiante du professeur Payan.

- au niveau des leçons qu’elle nous donne pour aujourd’hui

             - sur la gouvernance de l’Eglise Catholique : comment sortir de la monarchie absolue ; quels équilibres à trouver entre le pape et le concile ?

             - sur la gouvernance des 27 pays d’Europe…

à Constance on a refusé le vote par tête (il y avait beaucoup trop d’évêques italiens) et on a organisé un vote par " nation ". Chaque " nation " regroupant divers états pour assurer une représentation équilibrée des fidèles (aujourd’hui on dirait des peuples).

L’histoire conclut Paul Payan, permet un dépaysement mais aussi un regard renouvelé sur notre aujourd’hui.

 

Paul Payan entre Rome et Avignon une histoire du Grand Schisme Flammarion.