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Les articlesUn peu d'histoire800 ans déjà ! La croisade des Albigeois.

800 ans déjà ! La croisade des Albigeois.

croisade AlbigeoisIl y a 8 siècles le Languedoc a été le siège et la victime d'une terrible croisade qui ressemblait à une guerre civile : La croisade contre les Albigeois !
Vous me direz : Albi c'est très loin ! Et pourtant notre vallée du Rhône a été exposée aux événements de la lutte contre les cathares : D'abord parce que le prétexte aux déclenchements de la croisade s'est déroulé dans une hostellerie au bord du Rhône, près de Saint Gilles : L'assassinat du légat du pape en 1208 ; ensuite parce que Pont Saint Esprit, Avignon et toute la région relevaient du comte de Toulouse ...
Enfin parce que c'est à cette occasion que le « Comtat Venaissin » (l'actuel Vaucluse) a été confié à l'autorité du pape (expliquant en partie la venue des papes en Avignon au 14° siècle).
Certes Pont Saint Esprit et Avignon ont été moins touchés par la croisade que Béziers, mise à sac, Carcassonne ou Toulouse mais 2 « croisades » ont défilé : Celle des barons du Nord en 1209 et celle du roi Louis VIII (père de Saint Louis) en 1224.
Cela a traumatisé durablement le Languedoc, au point que certains y trouvent une explication à la résistance régionale aux dictats de Paris.. !
Ceux qui sont intéressés, peuvent lire dans « lire la suite » un exposé oral introductif à un récent voyage en pays cathare ....

Voyage au pays cathare.

 Le drame du XIIe siècle a encore des conséquences aujourd'hui et explique certaines caractéristiques actuelles de notre Languedoc : Notamment l'allergie, à cette tendance des gens de Paris (les « Barons du Nord » comme on les appelait au XIIe siècle) à nous dicter ce qu'on doit penser et croire en Languedoc. ! Pour illustrer ce point de vue, écoutez la belle chanson de Francis Cabrel « Les chevaliers cathares » : Elle évoque les statues en béton, qui ont été installées sur l'aire d'autoroute juste après Narbonne, à l'entrée du « Carcasses », le pays de Carcassonne. A cette occasion Cabrel exprime la nostalgie des languedociens pour l'épopée cathare et leur ressentiment contre les gens « du dessus de la Loire ».

Revenons à l'Histoire. Pourquoi ce qu'on a appelé l'hérésie cathare s'est-elle développée particulièrement dans les terres de langue d'oc, au point qu'on les appelait les « albigeois » ? Parce qu'il y avait un passif important entre cette région et le reste de la « France ». Au temps de l'Empire Romain déjà, la Narbonnaise regardait avec un certain mépris les « barbares » du nord. Et puis il y a eu le Royaume Visigoth de Toulouse pendant tout le Ve siècle. Il est intéressant à noter que les Visigoths étaient, certes des barbares mais, beaucoup plus évolués que les Francs... et surtout qu'ils étaient chrétiens à la mode d'Arius. Ils avaient des problèmes avec la Trinité et l'Incarnation. Eux, ne croyaient pas à la nature divine du Christ. Or au début du VIe siècle Clovis, le fondateur de la monarchie franque, négocia l'appui du clergé catholique, contre l'éradication de l'hérésie arienne... Depuis le sacre, à Reims par Saint Rémi, les rois de France promettent, tous, lors de leur sacre de combattre l'hérésie ! Bref, l'occupation du Languedoc par les Francs sous couvert de lutter contre l'hérésie préfigure 7 siècles plus tôt la « croisade des albigeois ». De toute façon cela a laissé des traces... d'où une tradition d'anticléricalisme, notamment chez la noblesse languedocienne, qui fut un formidable terreau pour le développement de l'église cathare au XIIe siècle !

Sautons ce XIIe siècle sur lequel nous reviendrons. Quand les idées de la Réforme se répandirent au XVIe siècle, là encore elles trouvèrent une terre d'accueil dans ce Languedoc si méfiant envers l'Eglise Romaine et le centralisme monarchique (ou parisien ce qui était la même chose !) Au XXe siècle l'anticléricalisme du Languedoc prend la forme du radicalisme laïc et franc maçon !cathares_2

Mais revenons aux cathares. On a longtemps dit que le catharisme était né du manichéisme persan, mais les meilleurs spécialistes de la question pensent aujourd'hui qu'il faut en rechercher l'origine dans l'effervescence évangélique de l'an mille. Face à l'angoisse de la  fin du monde, répandue à cette époque, beaucoup se tournent vers les Ecritures et la simplicité de vie : Pierre Valdo et les vaudois, François d'Assise et les franciscains... Les « Bons Hommes et les Bonnes femmes » (comme s'appelaient les cathares) sous la conduite des « parfaits » (équivalents des prêtres) se présentent comme des chrétiens évangéliques, qui lisent le Nouveau Testament (ils ont plus de mal avec l'Ancien). Mais ils ont radicalisé le dualisme de Saint Jean (Vous n'êtes pas du monde...) en réglant le problème du Mal à leur façon : le Dieu tout bon ne peut avoir créé ce monde corrompu où le mal est à l'ouvrage... De leur point de vue l'Incarnation de Dieu dans un homme Jésus est aberrante. Jésus est Dieu et une image d'homme ! Bref on est assez loin de la théologie traditionnelle des Pères de l'Eglise ! D'autant plus qu'ils préfèrent au baptême l'imposition des mains (et la transmission de l'Esprit) et qu'ils contestent la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Ils préfèrent le baiser de paix et surtout être « consolés » avant de mourir... Un des facteurs importants d'acceptation par la population était leur simplicité de vie : Bien que l'Eglise cathare soit structurée, les parfaits (équivalents des prêtres) travaillaient pour vivre : ils ne prélevaient pas de dîmes. Au contraire, ils pratiquaient une charité active dans les « maisons »  présentes dans chaque bourg. Les « maisons » étaient à la fois des ateliers, des hospices et des lieux de prédication... L'autre facteur favorable était l'acceptation des femmes à tout niveau de l'église cathare. Il y avait des « parfaits » et des « parfaites ». Enfin, je l'ai déjà dit, la tolérance et souvent l'encouragement de la noblesse locale ne leur faisait pas défaut !

Face à cela, comment va réagir l'Eglise Romaine ? D'abord de façon classique par la prédication (Saint Bernard va faire une tournée en Albigeois) et la mise en œuvre de l'inquisition épiscopale. Quelques bûchers, en Champagne, Alsace, dans la région rhénane... et le catharisme est vite éradiqué. Sauf en Languedoc où c'est l'échec total. Les seigneurs de Béziers, et du Lauragais organisent des confrontations théologiques qui se concluent par la déroute... des légats du pape. Un certain Dominique de Guzmann assistera, atterré, à cet échec. En effet les « parfaits » sont souvent d'excellents prédicateurs. ! On dit que c'est ce, qui inspira le futur Saint Dominique dans sa création des « Frères prêcheurs » : Utiliser les techniques et le style de la vie des parfaits... contre eux ! Devant l'échec des moyens classiques de lutte contre l'hérésie, le nouveau pape Innocent III, élu en 1198, prend les grands moyens : Il va proclamer la croisade et s'adresser aux rois et aux comtes pour la mener. La croisade est d'abord une bonne façon de se faire absoudre de ses péchés, encore plus efficace qu'un pèlerinage et ça peut rapporter gros ! Les terres jetées à l'Interdit sont « exposées en proie », c'est-à-dire qu'elles sont à prendre sans se soucier du seigneur légitime !

Alors, qui sont ces rois et ces comtes auxquels le pape Innocent III va s'adresser ? D'abord il y a le roi de France Philippe Auguste : il refuse. Il est en bisbilles avec le Saint Siège parce qu'il a répudié sa 3e épouse Ingebruge, qui lui avait « noué l'aiguillette »(rendu impuissant). Il a d'ailleurs longtemps été excommunié. Par ailleurs, il a sur les bras la menace anglaise de Jean sans terre, qui voudrait bien récupérer ses terres continentales. Donc il ne part pas. Il empêche son fils, le futur Louis VIII de prendre la tête de la croisade... Alors le pape s'adresse à l'autre roi concerné, Pierre II le cérémonieux, comte de Barcelone et roi d'Aragon. En fait, il est beaucoup plus concerné. Il possède non seulement la Catalogne, le Roussillon, le Conflent, la Cerdagne, ainsi que Montpellier, mais il est le suzerain du comte de Foix, du vicomte de Carcassonne, du comte de Provence et jusqu'au Gévaudan. Il est aussi le suzerain du comte de Toulouse pour la plus grande partie de ses possessions. A titre d'exemple, il vient un jour, à Viviers, arbitrer un litige entre l'évêque et tel seigneur local. Oui, mais Pierre II est engagé dans la « reconquista » contre les musulmans d'Espagne. Par ailleurs il ne veut pas se fâcher avec ses vassaux du Languedoc dont beaucoup sont acquis au catharisme. Donc il ne bouge pas. Il promet au pape de lutter contre l'hérésie, mais il ne bronche pas. Il ne veut pas compromettre son rêve d'empire pyrénéen, qui aurait pu devenir une réalité, sans la croisade des albigeois.

Alors le pape d'adresse directement aux seigneurs locaux : Raymond Roger Trencavel tout d'abord. C'est le seigneur du pays cathare, puisqu'il est 3 fois vicomte : de Carcassonne, d'Albi et de Béziers. Mais à vrai dire, c'est sans espoir : Trencavel est presque cathare lui-même, en tout cas sa mère l'est et son frère aussi. Le pape s'adresse au comte de Toulouse Raymond VI. Il est catholique et très tolérant. L'hérésie cathare ne le gène pas plus que cela et lui aussi, veut rester en bons termes avec la noblesse locale. Alors le pape lui envoie des légats pour le secouer et le menacer ; ça se passe mal et ça dérape.... En janvier 1208 le légat du pape Pierre de Castelnau est assassiné dans une hôtellerie au bord du Rhône, près de Saint Gilles. Or Saint Gilles est le berceau de la maison de Toulouse. En fait c'était une famille gardoise, si vous me pardonnez l'anachronisme. Il était suzerain de tout le Languedoc, sauf Montpellier, et les terres de Trencavel ; il était aussi marquis de Provence, ce qui correspond à peu près à la Drome et au Vaucluse... il est très souvent passé à Pont Saint Esprit. J'ai noté qu'on trouvait dans sa suite un Pons de Saint Just, seigneur de Pierrelatte et un Dragonet de Mondragon. (« Celui là je l'aime beaucoup. Vous pourriez le conseiller à vos enfants ou petits enfants, souvent à la recherche de prénoms exotiques : Dragonet »). Bref le comte de Toulouse, c'est un gros morceau : En balance entre le capétien de Paris et le Catalan roi d'Aragon, il est quasiment indépendant.

Le pape prend l'assassinat de son légat comme « casus belli ». Fort de ce prétexte il diligente la croisade, dont le grand maître des cisterciens, Arnaud Amaury prend la tête. C'est ce moine qui dira après la prise de Béziers, où il y avait quand même pas mal de catholiques : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. » Bref ce fut une guerre de 20 ans, de 1209 à 1229, qui ravagea le pays de la vallée de Rhône jusqu'au Quercy. Sans rentrer dans le détail des opérations, notons la prise de Carcassonne et la dépossession du vicomte Raymond Roger Trencavel, remplacé par un petit baron du nord, Simon de Montfort dès 1209.Le comte de Toulouse ne peut pas réagir seul, d'autant plus qu'il s'est humilié sur le parvis de l'église de Saint Gilles, en se faisant fouetter, pour obtenir la levée de son excommunication. De façon concrète, il avait donné en gage au Saint Siège un certain nombre de places fortes de son marquisat de Provence, dont Mornas. C'est l'embryon de l'enclave du pape ou Comtat Venaissin... Mais le roi d'Aragon voit d'un très mauvais œil ces « barons du nord » piétiner ses plates bandes languedociennes. Raymond VI et Pierre II réunissent leurs troupes, malgré une double excommunication et attaquent Simon de Montfort et ses troupes croisées à Muret près de Toulouse. Malheureusement pour eux, c'est une défaite. C'en est fini du rattachement du Languedoc à la Catalogne ; le pays va progressivement glisser vers la suzeraineté capétienne et devenir une province française, certes rebelle, mais une province française.

catharesEn effet, en 1218 Simon de Montfort est tué en essayant de reprendre Toulouse ; dont il se prétendait comte... Son fils Amaury ne tient plus pied et les seigneurs occitans dépossédés (on les appelait les Feydits) reprennent leur terre, soutenus par un véritable soulèvement populaire. Amaury ne trouve qu'une solution : il cède tous ses droits sur le Languedoc à la Couronne de France en 1224. Louis VIII saisit aussitôt l'occasion et prend la tête d'une nouvelle croisade : après la croisade des barons, la croisade royale. Le roi descend la vallée du Rhône et escompte le libre passage en Avignon. Mais le nouveau comte de Toulouse Raymond VII « rapplique » et persuade les consuls d'Avignon, dont il était le suzerain de refuser le passage au roi. Siège de 3 mois l'été, chaleur, dysenterie, le roi tombe malade, mène à bien la croisade mais ne peut prendre Toulouse. Il meurt en rentrant à Paris. Sa veuve, la reine régente Blanche de Castille, mère de Saint Louis, négocie avec Raymond VII, d'autant plus qu'ils sont cousins germains.... Ils sont tous les deux, petit fils et petite fille d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henry Plantagenet. On veut bien laisser à Raymond VII son comté de Toulouse mais à condition qu'il marie sa fille unique Jeanne , au frère  du futur  Saint Louis, Alphonse de Poitiers, à qui le comté reviendra à sa mort. C'en est fini de l'indépendance du Languedoc, qui va tomber dans l'escarcelle capétienne.

Mais pas tout de suite, pendant 20 ans encore, Raymond VII se battra pour son Languedoc. Tantôt excommunié, tantôt réconcilié. Avec ses armes, et surtout sa très grande intelligence. Négociant à tout va. Courant de Rome à Paris, allant jusqu'à Londres. Se battant contre l'inquisition dominicaine qu'il cherche à disqualifier, en utilisant tous ses faux pas, utilisant au mieux le rapport de force, quand il lui est favorable...Deux anecdotes pour illustrer sa personnalité : Monségur est devenu un refuge, un véritable sanctuaire cathare, dans cet endroit inaccessible des Pyrénées. Raymond VII s'engage à y mettre fin, s'il le peut. Pour ce faire, il envoie un seul sergent et quelques soldats pour faire le siège ! Evidemment ils échouent et rentrent à Toulouse. Mais Raymond VII a fait l'effort ! Lassé de ces palinodies, le Sénéchal du roi prend les choses en main et fait un siège en règle en 1244, siège qui durera un an et se terminera par le bûcher que l'on sait. Deuxième anecdote : Raymond VII s'était engagé à partir en terre sainte : il oublie, il recule. Il ne peut pas, parce qu'il n'a pas d'argent : Qu'à cela ne tienne, Blanche de Castille financera sa croisade .Il fait construire un bateau en Bretagne qu'il attend pendant des mois. Quand le bateau arrive, Raymond VII décrète que le risque de tempête est trop grand... et il retourne à Toulouse. Raymond VII finit par mourir en 1250 sans jamais avoir fait la croisade !

          Mais la lutte contre les cathares n'est pas finie. Elle est le fait de l'inquisition dominicaine : Enquêtes minutieuses et tatillonnes, qui ne se concluent pas toujours par le bûcher, loin s'en faut, mais le plus souvent par des amendes, emprisonnements, démolitions de maison, et qui n'épargnent même pas les morts qu'on déterre pour les faire brûler. Ces procès-verbaux d'enquête sont une véritable mine d'or pour l'historien. Mais pour la population languedocienne  il s'agit d'une immense souffrance. Personne n'est en paix, personne n'est à l'abri. Au XIVe siècle l'hérésie cathare est éradiquée mais dans le souvenir, dans la culture languedocienne, la blessure et le ressentiment ne sont pas prêts de s'effacer.....