La mine de lignite de Saint Paulet de Caisson

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mineursA l'occasion du 10ème anniversaire de la bibliothèque le 5 novembre 2011, Mr Paul Mandin , ancien président de l'amicale des mineurs, donna une conférence sur l'histoire de la mine.
Avant 1791, la lignite affleurant entre St Paulet et Carsan , les propriétaires des terrains concernés creusaient des puits et se livraient chacun pour soi à une exploitation désordonnée. En 1791 la Convention interdit le travail individuel des propriétaires et organise un système de concession minière. A St Paulet la 1ère concession fut de 8000 hectares (une bonne partie de Valcézard) car on pensait que le gisement était très important. La concession fut réduite en surface ultérieurement (mais pas en durée car elle était perpétuelle!)? En fait il s'agit d'une couche d'un mètre d'épaisseur qui affleure près de Carsan et suit une forte pente de 10% jusqu'à l'Ardèche. A St Paulet la profondeur est de 78 mètres.
Il aurait été plus logique d'exploiter plus haut avec une moin dre profondeur mais l'exploitation sauvage préalable ne permettait plus de creuser une mine en toute sécurité: le choix se porte donc sur St Paulet et la mine fonctionna jusqu'en 1962. Les mineurs (entre 30 et 120 selon les périodes descendaient dans des puits grâce à des échelles et gagnaient les galeries transversales, boisées, pour attaquer le lignite à 8 sur un front de 85m. Le lignite étaient évacué en charriots puis en trémies: Il était acheminé en charrettes vendues dans les environs: Bourg Saint Andéol, Bollène, Courtézon etc... A la fin l'exploitation fut reprise par Péchiney pour alimenter son usine de Salindres.
Le lignite est un charbon beaucoup plus récent (entre 60 et 100 millions d'années) que la houille (300 millions d'années). Il a un rendement calorique nettement inférieur à celui de la houille, c'est pourquoi il est considéré comme un charbon de deuxième catégorie, d'autant plus qu'il contient du soufre, ce qui rend sa combustion un peu désagréable (les anciens se souviennent de l'odeur de soufre qui régnait à St Paulet). Par contre il ne provoque pas de "coups de grisous" ce qui fut une sécurité pour la mine: Les mineurs circulaient avec des lampes à acétylène à flamme vive, sans danger. Le risque venait plutôt des inondations : 25 mineurs furent bloqués en 1959 et firent la "une" de France Soir (il n'y eut pas de morts). Parfois aussi le rocher qui surplombait le filon de lignite se détachait et provoquait des blessés et parfois des morts. Le rocher calcaire, plein de fossiles, renvoie à l'époque où toute la plaine était recouverte par la mer.

Le problème de la mine de St Paulet, c'est que les réserves en lignite étaient finalement peu importantes. Il y avait bien une deuxième couche plus profonde, mais elle était pratiquement inexploitable car le lignite était mêlé avec le rocher calcaire. On a cru que le filon passait sous l'Ardèche, mais des forages effectués à St Just montrèrent qu'il n'en était rien.
En fait le salut aurait pu venir de Mr Houdry, génial inventeur qui en 1922 dans son laboratoire près de Paris découvrit un procédé pour distiller le lignite en essence très riche en octane (le cracking catalytique). Avec l'accord, difficile à arracher, du Conseil Municipal, il construisit en 1929 une usine à St Paulet (sur la route de la Blache) dont on aperçoit encore les restes. Malheureusement cette essence sentait le soufre ce qui limitait son usage. Mr Houdry sollicita des pouvoirs publics une subvention pour mettre au point le "désoufrage". Ceux-ci (plus portés sur le droit et la finance que sur la technologie) refusèrent: Mr Houdry ferma l'usine et partit aux USA où il rencontra toute l'aide nécessaire. Lors de la seconde guerre mondiale 40 usines fonctionnaient et l'aviation américaine était alimentée à 90% par cette essence riche en octane ce qui lui permettait d'être plus rapide et de disposer d'un avantage décisif sur l'aviation allemande. Mr Mandin se console de cette perte de chance pour St Paulet en indiquant que si cette usine avait fonctionnée en France, les allemands l'auraient utilisée, rendant la bataille de l'air plus difficile pour les alliés .....
Mr Mandin a évoqué aussi son expérience personnelle puisqu'il a travaillé à la mine de St Paulet en 1943-44 avant d'intégrer l'école des mines d'Alès. Mineurs à plein temps, mineurs paysans, jeunes échappant ainsi au STO (service du travail obligatoire en Allemagne) et quelques réfugiés espagnols formaient une fraternité humaine très soudée.
Mr Mandin remercie la municipalité d'avoir réservé un coin de la bibliothèque de St Paulet de Caisson pour un petit "musée de la mine" dont voux pouvez consulter le site ICI . Il salue la présence dans l'assistance d'un mineur, qui a travaillé 22 ans dans la mine et invite les descendants de mineurs à se mobiliser pour garder le souvenir de cette aventure technologique et humaine aussi extraordinaire.